Les critiques sont unanimes quant au dernier livre de Corinne Matthieu. Quoi de plus normale pour ce nouveau roman plus que réussi !
Dans ce livre, l'auteure nous entraîne dans la vie de Garance, une jeune femme solitaire amoureuse des livres.
Et c'est ceux-là, ainsi que son "presque" frère Ulysse qui réussiront à lui faire échapper aux très lourds secrets de famille.
Se noyant peu à peu dans la routine, Garance va rencontrer une cliente pas comme les autres...
Un régal. Un roman singulier, bien écrit, touchant et enivrant.
Corinne Matthieu, vous êtes l’auteure de « La vie est gay », un véritable best seller, et vous revenez avec un roman « Mémoire d’août » qui est complètement différent.
J’ai changé d’ambiance. Ce second roman, est un univers totalement opposé à celui du premier. J’ai quitté une joyeuse tribu pleine de bonne humeur pour raconter la vie d’un personnage solitaire et heureuse de l’être. Enfin, heureuse… on peut en débattre, bien sûr. Avec « La vie est gay », j’ai évolué dans un contexte plutôt léger, drôle parfois. « Mémoire d’août », c’est une autre manière de faire vivre l’émotion, de la suivre jusqu’à son dénouement. Car ce qui compte, finalement, c’est ça, l’émotion, quelle que soit la manière dont elle s’exprime. Avec du rire ou des larmes. Si le public qui l’a trouvée dans « La vie est gay » la retrouve dans « Mémoire d’août », je n’aurai pas perdu mon temps.
N’avez-vous pas peur de la réaction du public ?
Non. Enfin, je ne pense pas. Même s’il y a toujours un risque quand on change brutalement de cap. L’important, c’est de savoir où on veut aller.
Pourquoi avoir choisi de changer complètement de style ?
J’avais envie d’explorer un autre univers. Le jeu des émotions est un kaléidoscope avec des milliards de variations. « La vie est gay » en était une. « Mémoire d’août » en est une autre. Le personnage principal est d’abord le dommage collatéral d’une tragédie à l’antique. La victime périphérique d’une histoire d’amour dessinée par le destin. Le genre d’histoire qui se termine dans la mort et la folie. Bien sûr, ça laisse des traces. Pour Garance qui est emmurée dans ses souvenirs, l’espoir est mince de retrouver le sens du bonheur. Celui qu’elle a connu dans son enfance et avec lequel elle ne veut plus avoir de liens parce qu’il était trop parfait. Mais c’est aussi le propre des bonheurs de notre enfance de rester à jamais des souvenirs. Sauf quand on a beaucoup de chance. Si Garance n’a pas cette chance-là, elle en aura une autre. Quand elle aura renoncé à tout. Elle la trouvera dans la librairie où elle travaille, directement dans le regard d’une cliente, qu’elle trouve un peu envahissante. Enfin, au début. Pour elle, c’est une nouvelle chance, une promesse d’un bonheur improbable et impossible. Elle finira, peut-être, par l’accepter et se réconcilier avec sa propre histoire.
Comment présenteriez-vous votre nouveau roman ?
Une nouvelle manière de raconter une histoire d’amour. (D’accord, c’est un peu niais comme entrée, mais, en même temps, c’est la vérité) Bon, je pourrais dire aussi, toujours soft : une nouvelle manière de raconter l’histoire d’une rencontre. Ou alors, plus pragmatique : petite leçon de drague dans une librairie. Ou bien, plutôt intello, cris et chuchotements en milieu littéraire. Ou, carrément plus trash : « j’me la fais ou j’me la fais pas ? », un grand classique des relations humaines.
Quelle est la place de l’écriture pour vous, et pourquoi écrivez-vous ?
J’écris, parce que sinon, je m’ennuierais. Enfin, je crois.
Ce livre est-il en partie autobiographique ?
Non. Pas plus que le premier.
En quoi Garance, le personnage principal, vous ressemble ?
Bon, ok. Garance et moi, on a quelques points communs. La même fascination pour les livres et pour les îles. Pratiquement tous les livres qui racontent des histoires plus vraies que la réalité. Pour les îles, seulement celles de Bretagne, celles qui sont dures à vivre, avec la mer qui s’énerve l’hiver et qui vous isole du monde des autres gens.
Comment construisez-vous vos personnages ?
Je ne sais pas vraiment. D’abord, il y a une ambiance, un climat, des scènes avec des personnages qui se mettent à vivre tous seuls et à me tourner dans la tête. Quand ça devient trop obsédant , je suis obligée de faire quelque chose. Alors j’écris les histoires qu’ils me racontent, en essayant de comprendre leur vie, de la dessiner sans les trahir.
L’écriture d’un roman sentimental est-elle plus difficile ? Ne s’implique-t-on pas trop dans l’histoire de ses personnages ?
En fait, je ne sais pas si « Mémoire d’août » est plus, ou moins, sentimental que « La vie est gay ». Sûrement, « La vie est gay » est plus marrant, mais c’est ce qui rendait le jeu intéressant. Essayer d’écrire un roman drôle qui ne soit pas une parodie sur les lesbiennes. « Mémoire d’août », c’est le côté « obscure de la force ». Quand la vie n’est pas standard, pas seulement à cause de l’homosexualité, mais, d’une manière paradoxale, à cause d’une surchauffe bonheur qui a pris fin brutalement.
Quels sont les auteures qui vous sont chères ?
Sarah Waters, Hélène de Monferrand, Amélie Nothomb, et les deux Marguerites, la Duras et la Yourcenar. Rien que du beau monde !
Quels sont vos projets ?
Présentement, mon principal grand projet, c’est de terminer mon nouveau roman. Avec lui j’ai découvert que l’écriture pouvait être un jeu encore plus euphorisant et épuisant qu’une finale de scrabble avec ma belle-mère. Faut dire que j’ai passé trois ans à faire des recherches sur le contexte et l’histoire de mes personnages qui ont trouvé le moyen de situer l’action entre 270 et 260 avant JC. Quand ils ont trouvé que j’avais bien travaillé, ils m’ont accrochée à mon Mac, minimum dix heures par jour depuis un an. Je crois que quand j’aurai fini de raconter leur histoire, je vais m’écrouler directement sur mon clavier, le nez planté dans le « F » du mot fin. Après, je dors pendant six mois. Si je sors du coma, j’attaque un nouveau tableau de « La vie est gay ». Ensuite, une petite série de nouvelles. Bref, je vais avoir de quoi occuper mes longues soirées d’hiver (2010).
Quels sont vos 10 livres préférés ?
Pas facile à dire parce qu’il y en a un peu plus de dix. Bon, voilà les dix premiers qui me viennent à l’esprit, dans l’ordre d’apparition à l’écran : « Mort à crédit », c’était pas gai la vie des vrais gens entre les deux guerres du siècle dernier (pourquoi, c’est plus rigolo maintenant ?) ; « La conjuration des imbéciles », Kennedy Toole me scotche avec son Ignatus aussi génial que fou furieux, un vrai rebelle comme je les aime ; « Voyage au bout de la nuit », toujours la même écriture féroce de Céline, la perfection absolue ; « La guerre des boutons », une grande bouffée d’oxygène, alors faut pas s’en priver ; « Demande à la poussière », itinéraire d’un écrivain qui n’a pas le démarrage facile ; « La belle affaire », tellement drôle que j’en ris encore (peut-être même que je vais me le relire) ; « Querelle de Brest », toute la sombre puissance de Genêt ; « Lestat, le vampire », avant j’aimais pas les vampires, maintenant, je les trouve trop sympas ; « Les vestiges du jour », un japonais qui donne un magnifique roman victorien à la littérature anglaise ; « Trilogie sale de la Havane », quand le désespoir devient un style de vie ; « La romance de Ténébreuse », passionnant mélange de fiction et d’héroic fantasy, il n’y a que La Zimmer Bradley qui pouvait réussir ça.
Impossible d’oublier Albert Cohen, Yukio Mishima, Alberto Moravia, Charles Bukowski, Curzio Malaparte, Alexandre Dumas, Angelo Rinaldi, Thomas Hardy, Jean-claude Izzo, William Faulkner, Robert Merle, enfin, bon, sûrement qu’il en manque, mais comme ils savent que je les aime, ils me pardonneront. Et puis, quand je partirai m’installer sur mon île, je leur ai promis de les emmener tous avec moi.
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