Si Jean-Claude Brisseau avait déjà ouvertement abordé le thème de la sexualité, il admet s'intéresser avant tout au tabou dans Les Anges exterminateurs : "La plupart de mes films tentent en fait de transposer sur un plan cinématographique et émotionnel certaines de mes interrogations sur le sens de la vie. Les Anges exterminateurs n'a pas échappé à cette règle, si ce n'est que cette fois-ci c'était lié au sexe et au tabou qui l'entoure. Comment se fait-il que le sexe soit lié à l'interdit depuis des millénaires ? C'est ce tabou indirect et parfois violent autour du sexe qui a été le point de départ des Anges exterminateurs."
Le sens du titre
Les Anges exterminateurs n'était pas le premier titre choisi par Jean-Claude Brisseau. Au départ le film devait s'appeler "Le Fruit défendu" puis "No Man's Land", mais c'est deux titres existaient déjà. "Finalement j'ai choisi Les Anges exterminateurs mais j'avais un peu peur parce que ça fait un peu Buñuel, explique le réalisateur. Mais c'est aussi une référence biblique. Finalement, j'ai maintenu ce titre. Tout le monde va penser que ces anges exterminateurs sont les deux apparitions mais pour moi ce n'est pas exactement ça. C'est tout un ensemble. Il n'y a pas de signification unilatérale, elle est multiple."
Jean-Claude Brisseau face à la justice
En 2005, le réalisateur Jean-Claude Brisseau a été condamné à une année d'emprisonnement avec sursis et 15.000 euros d'amende pour le harcèlement sexuel de deux jeunes actrices lors du casting de son film Choses secrètes, sorti en 2002. Si cet épisode semble trouver un écho dans Les Anges exterminateurs, le réalisateur affirme toutefois que la conception du projet est antérieure à l'affaire : "Les gendarmes ont débarqué chez moi en février 2003 mais l'écriture du scénario et les premiers éléments de casting avaient commencé en novembre 2002. J'avais déjà écrit la quasi-totalité du scénario à ce moment-là. Aucun des personnages de mon film n'est directement inspiré par ceux qui ont été liés au procès. Toutes les actrices, toute l'équipe était au courant de mon procès qui allait avoir lieu en novembre et ça n'a inquiété personne. Ça n'a eu aucune incidence. Pour moi, le film n'est en aucun cas un règlement de comptes. Je voudrais qu'on le regarde en tant que document cinéphilique. Le film renvoie, comme tous mes films, à certains éléments de ma propre vie mais pas plus qu'un autre et pas de manière directe. J'ai toujours envisagé ce film dans une perspective cinéphilique."
Filmer l'intime
Le réalisateur revient sur le tournage des scènes de sexe : "Je tenais à essayer de déclencher une certaine forme de fascination. Les filles, dans le film, découvrent à la fois le plaisir et la fascination. Pour arriver à cela, il fallait aussi une progression dramatique. J'ai écrit les séquences et ensuite il a fallu les préparer. J'ai fait des tests avec les comédiennes et j'ai vu celles qui acceptaient de faire le film ou pas. Pour faire le film, il fallait qu'elles acceptent de tourner ces séquences et avant, de les répéter. La séquence avec les trois filles dans la chambre d'hôtel a demandé à elle seule sept à huit heures de répétition. À la fin, j'étais saturé. Les filles ont accepté que toute l'équipe soit là pendant les essais, chose que je trouve d'ailleurs très saine et qui évite l'hypocrisie. Ça m'a permis de mettre des rails de travelling et on a pu régler les scènes au mieux. Il faut régler ces scènes en fonction de la lumière parce que les filles doivent être séduisantes et la séquence troublante."
Tournage express
Grâce à une préparation minutieuse et des répétitions intensives, le tournage des Anges exterminateurs n'a duré au final que 24 jours.
Le nouveau film de Jean-Claude Brisseau était très attendu. La raison en est la valeur grandissante de son cinéma aux yeux de nombreux critiques, dont nous sommes, mais aussi et surtout le scandale qui a entouré sa préparation. Des jeunes femmes ayant passé des essais dénudés l’ont accusé d’abus sexuels. Après des débats très médiatisés, la justice a rendu son verdict : coupable. Difficile de ne pas penser à ces événements puisque le cinéaste en fait un des épisodes de ce film très personnel, où il dévoile ses obsessions et questionnements. En fait, Les Anges exterminateurs commente en permanence le programme qu’il nous donne à voir. Il fait l’exégèse de ses propres images, et par là de l’obsession actuelle de Brisseau : la jouissance sexuelle féminine, son comment, son pourquoi, son spectacle. Ce qui se lit sur le visage et le corps d’une femme en cet instant de plaisir le fascine. Il voudrait en capter l’intensité, selon lui mystique. S’éloignant des codes du porno et de l’érotisme classique, il filme en plan large, souvent sans coupes, des femmes simulant ce moment banal, mais selon lui craint et refoulé de la représentation. Ces scènes, centrées sur les transgressions et les attouchements, s’intègrent à un ensemble autobiographique. A travers une voix off qui est la sienne et un acteur qui le représente, Brisseau raconte sa recherche tout en la commentant. Jouant avec talent de lumières chaudes, sensuelles et séductrices, mêlant comme à son habitude le concret au spirituel, il compose avec une économie réduite une ode au corps de la femme, mais aussi au cinéma. On sent un amour certain pour cet outil qui peut mettre à distance le désir dont il joue. Ou dont il est le jouet. De cette ambiguïté troublante naît la beauté fugitive mais évidente du film. Il n’en reste pas moins que Brisseau utilise aussi cet art pour non plus questionner sa démarche mais justifier ces errements. Et là, l’image du réel rejoint la réalité. A trop vouloir s’expliquer sur les délits dont on l’accuse, le cinéaste nuit à son propos et le film se rompt de lui-même.
Les Anges exterminateurs – Un film de Jean-Claude Brisseau
France, 2006, 1h40 – La Quinzaine des réalisateurs
Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs
Les Anges exterminateurs a été projeté à Cannes en 2006 dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs.
Date de sortie : 13 Septembre 2006 Les films sortis à cette date...
Réalisé par Jean-Claude Brisseau
Avec Frederic Van Den Driessche, Maroussia Dubreuil, Lise Bellynck
Film français.
Genre : Drame
Durée : 1h 40min.
Année de production : 2006
Interdit aux moins de 16 ans
Distribué par Rezo Films