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La Tour de la Défense à Bobigny: tarifs préférentiels pour les membres de runattitdeSi vous êtes du côté de Paris, la MC93 de Bobigny en métropole propose un tarif promotionnel de 14€ au lieu de 23€ aux adhérents et aux sympathisants de l'association Runattitude, pour aller voir LA TOUR DE LA DEFENSE du 7 au 17 décembre à la MC93 de Bobigny. Réservation obligatoire au : 01-41-60-72-72 de 11h à 19h / Offre valable jusqu'au 6 décembre et dans la mesure des places disponibles.
La tour de la Défense (Copi / Marcial Di Fonzo Bo) Pourquoi La tour de la Défense ? Je trouvais intrigant de travailler sur cette pièce car elle est rarement montée. Pour approfondir ma rencontre avec Copi, j’aimais bien l’idée d’aller dans ce qui était le plus éloigné de l’idée que le public se fait de lui. Tu parles de Copi à n’importe qui, il répond: « oui, c’est fou ». Ici, la folie va plus loin. Elle met en scène quelque chose d’extrême : dans un appartement du treizième étage six personnages sont enfermés. Une sorte d’antichambre avant l’Apocalypse. Le premier acte se passe le 31 décembre et le deuxième acte le 1er janvier, et les six personnages ont une heure et demie pour résoudre leur destin, sans le savoir. Les personnages de La tour de la Défense sont terriblement actuels. Copi parle comme personne, de la solitude dans le monde actuel, et sa vision de l’humanité, sa lucidité par rapport aux rapports humains, est incroyable. J’ai toujours trouvé que cette pièce était à part dans son oeuvre, une pièce très étrange. C’est la pièce la plus construite, moins incohérente, une pièce à suspense, un vrai scénario de cinéma. On a parfois tendance à voir l’œuvre de Copi comme un tout alors que ça bouge beaucoup. Chacune des ses pièces s’inspire d’un genre ou d’un autre. Celle-ci date de la fin des années 70, c’était le triomphe des psycho-plays aux Etats-Unis, c’est donc d’un drame psychologique qu’il s’agit, revu et corrigé, évidemment. Il y a aussi du vaudeville, de la comédie de portes. Ou encore un polar parfait. Jusqu’à la fin, tu ne sais pas qui est l’assassin, ou plutôt, pourquoi un enfant a été assassiné. Copi aimait le cinéma des années 40, les divas du cinéma américain et les grandes heures du cinéma de suspense. La pièce est aussi forte qu’un Hitchcock, j’en suis convaincu. C’est quelque part entre La corde de Hitchcock, La tour infernale (un des premiers films-catastrophe américain) et n’importe quelle prestation de Jacqueline Maillant au boulevard. Un peu à la manière de Cassavetes, dans Opening night, ici le genre emprunté est le point de départ pour autre chose. Il y a un décalage qui fait qu’on en rit, car c’est aussi très drôle, mais c’est troublant. On sort assez troublé de ce qu’on a entendu et vu. C’est loin de ce que l’on connaît de lui et en même temps c’est du Copi pur. Est-ce que, comme d’autres textes de Copi, La tour de la Défense permet de mesurer le chemin parcouru depuis les années 1970 ? La pièce date de 1976 et porte l’air de ce temps-là. Une liberté sexuelle évidente, un mouvement très provocateur, très visible. Et avec le recul, c’est sans doute encore pire que de la régression quand on voit comment la société s’organise aujourd’hui, ce grand vent de droite qui envahit l’Europe. On est tenté de se dire que c’était mieux dans ces années-là, mais je ne sais pas, je n’y étais pas… Mais je n’ai pas choisit la pièce pour dire ça. Je monte la pièce parce que c’est du grand théâtre avant tout. Un théâtre qui a parfois cette fonction d’ouvrir certains endroits de la société sclérosés, d’explorer le normatif. Bien sûr que ce n’est pas que frivole, même si changer le monde n’est pas le but… Quand on travaille Copi, il y a toutes ces questions du décloisonnement, qu’est-ce que l’aliénation, pourquoi on est sur scène… Copi aimait les acteurs et il aimait surtout jouer lui-même. Son écriture est une porte ouverte à la liberté. On le retrouve caché derrière chacune des répliques. C’est flagrant quand on voit ses dessins, il y a une évidence de trait. Les personnages de théâtre sont aussi parfaitement dessinés. Le trait est précis, mais la liberté de jeu est totale. Notre travail en bande (je ne peux travailler qu’en bande) est là dessus une réflexion collective, mais chaque acteur propose sa vision de Copi. Et c’est mon passage à la mise en scène qui m’a fait comprendre ça : ce que c’est que de diriger un acteur, d’ailleurs je trouve troublante l’expression « diriger des acteurs ». J’aurais plus tendance à être un chef de troupe. J’ai beaucoup de mal, quand je vais au théâtre, à voir des acteurs jouer de la même façon. Je trouve cela extrêmement gênant. Vous ne trouvez pas qu’on réduit toujours un peu trop Copi à la dérision, à l’humour ? Oui, on a beaucoup de mal à faire accepter l’idée que c’est un auteur majeur parce qu’il ne se prend pas au sérieux. Quand j’ai monté Copi, un portrait en 1998, j’ai vraiment eu le sentiment d’une grosse bagarre. Il a fallu une certaine obstination à défendre l’idée que Copi n’est pas que rigolo. Pourtant, quand on le voit jouer lui, on change radicalement de perception. Les images de lui dans Le Frigo, à plusieurs personnages, plusieurs costumes, cela ressemble à du cinéma danois. Du ralenti, de la lenteur, ça a quelque chose à voir avec le silence et le statique. Et les thématiques sont tellement contemporaines ! Aujourd’hui, on est en plein dans l’apocalypse de La Tour de la Défense où chaque personnage est porteur d’une mission. Le suicide, l’arme offerte pour les 17 ans… Dans le petit corps de Katia, ce petit corps de Noël, il y a quelque chose du christianisme, à coups de petits croquis, de petits clichés. Derrière l’humour, Copi ne sauve personne ! Ce n’est pas plus méchant pour les arabes que pour les pédés, ce n’est pas plus homosexuel que trisexuel… Ce qui est très fort c’est le décloisonnement de la pensée en général. Est-ce que ça vous agace, les parallèles que l’on ne manque jamais de rappeler entre l’itinéraire de Copi et le vôtre ? Je ne peux pas nier qu’il y a quelque chose d’évidemment très fort entre nous, des correspondances d’origine, de parcours. Tout est vrai, je n’y peux rien. Il y a comme une histoire culturelle entre nous. Et puis il y a ces dates incroyables : je suis arrivé d’Argentine le 10 à Paris, il est mort le 14… On s’est croisé. A ce moment-là je ne connaissais que son nom, je l’ai vraiment lu et découvert en France. Depuis j’aime Copi et Copi m’aime, oui. C’est un auteur de chevet pour vous ? Non, je ne lis pas constamment Copi ! Mais très souvent je pense à lui, il y a toujours une phrase qui me revient. C’est comme un frère aîné. Par-delà l’idéologique, je me retrouve dans cette chose terriblement intime qu’est l’humour. Très peu de gens ont le même humour que moi, et ça tisse un lien particulier. L’humour révèle un rapport au monde, révèle comment on voit la vie, dans une sorte de décollement par rapport à la réalité. Je pense que les pièces de Copi sont comme une arme contre l’emphase, je pense qu’il propose cet humour dévastateur en réaction à la violence. Propos recueillis par Antoine Lachand et Valérie Dardenne Lu 728 fois
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