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Fire Island: L'île enchantéeUn lieu qui inverse les règles, près d'une ville qui en invente.
D'un avion qui va se poser dans vingt minutes à l'aéroport de JFK, New York, on peut surprendre à travers son hublot une île allongée, très fine, bordée de plages beiges. Autour, l'océan, et un bloc de terre, les Etats-Unis. On aperçoit les maisons qui baignent le rivage, et on peine à penser que c'est là un avant-goût de New York. Et pour cause : ça ne l'est pas du tout. Cette île, et je l'ai appris ce dimanche, c'est Fire Island. Et c'est un havre. Pas de voitures, pas de motos, même pas de vélos. Des chemins en planches de bois au-dessus du sol. Autour, des arbres. Et des oiseaux partout. La mer est bonne et propre, les plages sont sablonneuses. Des joggeurs près des vagues, des marcheurs dans les dunes, des estivants heureux attablés aux cafés. Et rien que des garçons - rien que des pédés. Fire Island est LE lieu de villégiature des gays aisés de NY, et c'est étrange de se retrouver là, parce que le monde s'inverse d'un coup : ça y est, sur cette île, sur ce petit territoire paradisiaque, j'appartiens à une majorité. Très étrange de se sentir à la fois si proche des battements de la ville (il ne faut qu'une heure de train et une demi-heure de ferry pour atteindre Fire Island), et si loin de son rythme et de ses lois. Et pourtant, NY n'est certainement pas la ville la plus homophobe au monde...
Sinon, la vie à NY se passe, et plutôt bien. En infusant ici, j'apprends au moins à chérir ce que j'ai de l'autre côté de l'Atlantique : un amoureux, un Etat qui paie pour la Culture, une culture qui se méfie du fric, des loyers décents, des amis qui n'emploient pas "amazing" toutes les deux phrases... Et, malgré tout, je trouve du charme à cette ville. Ce n'est certainement pas la ville en ébullition de Warhol, mais plutôt une vieille dame riche qui s'amuse à se tatouer une petite tête de mort sur le sein gauche. Et ces vieilles dames m'étonnent. Comme m'étonne la façon dont les Américains abordent le théâtre : sans intellectualisme (et malheureusement quelques fois - mais pas toujours - sans intelligence), ni restrictions. Ici, les metteurs en scène ne montent que des auteurs contemporains ; le répertoire est très rare ; sans doute n'intéresse-t-il personne. Parfois ces metteurs en scène écrivent-ils même leurs pièces. Et cette liberté, celle de décréter qu'on est le mieux placé pour connaître et satisfaire son désir, me plaît. Et excite des envies.
Et je viens de terminer La Tache, de Roth. Beau et puissant. Mais que lire maintenant que ma bibliothèque new yorkaise est épuisée ?
Par M. Panda, vendredi 14 juillet 2006
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